En bref : L’amortissement comptable est la répartition systématique du montant amortissable d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation prévue. Le CGNC reconnaît trois méthodes : linéaire (droit commun), dégressif et unités de production. Les écritures passent par les comptes 619x (dotations) et 28xx (amortissements cumulés). Lorsque l’amortissement comptable diffère de l’amortissement fiscal, l’écart est constaté en amortissement dérogatoire (compte 1351).
Définition et principes de l’amortissement comptable
L’amortissement comptable est la constatation de la perte de valeur irréversible d’un élément d’actif immobilisé, résultant de l’usage, du temps, de l’obsolescence technique ou de tout autre facteur. Il traduit le principe comptable de prudence et celui de la spécialisation des exercices, deux des sept principes comptables fondamentaux du CGNC.
Éléments amortissables
Sont amortissables les immobilisations dont la durée d’utilisation est limitée dans le temps :
- Immobilisations en non-valeurs : frais préliminaires, charges à répartir sur plusieurs exercices, primes de remboursement des obligations
- Immobilisations incorporelles : brevets, licences, logiciels, droit au bail (si durée limitée)
- Immobilisations corporelles : constructions, installations techniques, matériel de transport, mobilier, matériel informatique
Ne sont pas amortissables : les terrains (sauf carrières et gisements), le fonds commercial (sauf dépréciation durable), les immobilisations financières.
Base amortissable
La base amortissable est déterminée comme suit :
Base amortissable = Coût d’entrée − Valeur résiduelle estimée
En pratique, le CGNC considère généralement la valeur résiduelle comme nulle ou négligeable, ce qui conduit à amortir l’intégralité du coût d’entrée. Le coût d’entrée comprend le prix d’acquisition (ou le coût de production), les frais accessoires d’achat (transport, installation, mise en service) et les droits de douane.
—
Méthode linéaire : le mode de droit commun
L’amortissement linéaire, ou constant, est le mode le plus couramment utilisé au Maroc. La dotation annuelle est identique chaque année sur toute la durée d’amortissement.
Formule : Dotation annuelle = Base amortissable / Durée d’utilisation
Ou de façon équivalente : Dotation annuelle = Base amortissable × Taux linéaire
Où le taux linéaire = 100 % / Durée d’utilisation en années.
Tableau des durées et taux courants
| Catégorie d’immobilisation | Durée courante | Taux linéaire |
|---|---|---|
| Constructions (bâtiments) | 20 à 25 ans | 4 % à 5 % |
| Installations techniques et agencements | 10 ans | 10 % |
| Matériel et outillage industriel | 10 ans | 10 % |
| Matériel de transport | 5 ans | 20 % |
| Mobilier de bureau | 10 ans | 10 % |
| Matériel informatique (hardware) | 5 ans | 20 % |
| Logiciels (software) | 3 à 5 ans | 20 % à 33 % |
| Frais d’établissement | 5 ans maximum | 20 % minimum |
Ces durées sont indicatives et doivent refléter la durée d’utilisation réelle de l’actif par l’entreprise. Une durée différente peut être retenue si elle est justifiée par les conditions d’exploitation.
—
Méthode dégressive
L’amortissement dégressif permet de constater des dotations plus élevées au cours des premières années d’utilisation, reflétant une dépréciation plus rapide en début de vie du bien.
Calcul du taux dégressif
Le taux dégressif est obtenu en multipliant le taux linéaire par un coefficient :
| Durée d’amortissement | Coefficient |
|---|---|
| 3 à 4 ans | 1,5 |
| 5 à 6 ans | 2 |
| Plus de 6 ans | 3 |
Mécanisme de calcul
- Année 1 : le taux dégressif est appliqué à la base amortissable (prorata temporis si mise en service en cours d’exercice)
- Années suivantes : le taux dégressif est appliqué à la valeur nette comptable (VNC) en début d’exercice
- Basculement : lorsque la dotation dégressive devient inférieure à la dotation linéaire calculée sur la VNC résiduelle et la durée restante, on bascule en mode linéaire pour les années restantes
Exemple : matériel informatique acquis à 100 000 DH, durée 5 ans, taux linéaire 20 %, coefficient 2, taux dégressif 40 %.
| Année | VNC début | Dotation | VNC fin |
|---|---|---|---|
| 1 | 100 000 | 40 000 | 60 000 |
| 2 | 60 000 | 24 000 | 36 000 |
| 3 | 36 000 | 14 400 | 21 600 |
| 4 | 21 600 | 10 800 (linéaire) | 10 800 |
| 5 | 10 800 | 10 800 (linéaire) | 0 |
À partir de l’année 4, la dotation linéaire (21 600 / 2 = 10 800) est supérieure à la dotation dégressive (21 600 × 40 % = 8 640), donc on bascule en linéaire.
—
Méthode des unités de production
Cette méthode, moins courante, est adaptée aux actifs dont la dépréciation est directement liée à leur niveau d’utilisation plutôt qu’au temps écoulé.
Formule : Dotation de l’exercice = (Base amortissable × Nombre d’unités produites dans l’exercice) / Nombre total d’unités estimées sur la durée de vie
Exemples d’application : matériel de carrière (en fonction du tonnage extrait), moules industriels (en fonction du nombre de pièces produites), véhicules de transport (en fonction du kilométrage).
Cette méthode est admise par le CGNC sous réserve que l’estimation du nombre total d’unités soit fiable et vérifiable.
—
Date de début et prorata temporis
L’amortissement commence à courir à compter de la date de mise en service du bien, et non de la date d’acquisition ou de facturation. Cette distinction est importante :
- Un bien acquis le 15 mars mais mis en service le 1er mai : la dotation de la première année est calculée sur 8 mois (mai à décembre pour un exercice calendaire)
- Un bien en cours d’installation au 31 décembre : aucun amortissement n’est constaté au titre de l’exercice ; il est maintenu dans le compte 239x « Immobilisations corporelles en cours »
Le prorata temporis se calcule en jours ou en mois, selon la convention retenue par l’entreprise (la méthode des mois est la plus courante au Maroc).
—
Écritures comptables types
Dotation aux amortissements d’exploitation
L’écriture standard de dotation aux amortissements s’établit comme suit :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 6193 | Dotations d’exploitation aux amortissements des immobilisations corporelles | X | |
| 6192 | DEA des immobilisations incorporelles | X | |
| 6191 | DEA des immobilisations en non-valeurs | X | |
| 2831x | Amortissement des constructions | X | |
| 2833x | Amortissement des installations techniques | X | |
| 2834x | Amortissement du matériel de transport | X |
Les comptes de la classe 28 sont des comptes soustractifs qui viennent en diminution de la valeur brute des immobilisations au bilan.
Amortissement dérogatoire (compte 1351)
Lorsque l’amortissement fiscal diffère de l’amortissement comptable (par exemple, durée fiscale plus courte que la durée d’utilité réelle), la différence est constatée en amortissement dérogatoire :
Constitution (amortissement fiscal > amortissement comptable) :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 65941 | DNC aux amortissements dérogatoires | X | |
| 1351 | Provisions pour amortissements dérogatoires | X |
Reprise (quand l’amortissement fiscal cumulé dépasse le comptable cumulé dans les années suivantes, ou en fin de plan) :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 1351 | Provisions pour amortissements dérogatoires | X | |
| 75941 | Reprises sur amortissements dérogatoires | X |
Ce mécanisme permet de respecter simultanément la réalité économique (amortissement comptable) et l’avantage fiscal (amortissement fiscal), sans dénaturer les états financiers. Pour les règles spécifiques à l’amortissement fiscal, consultez notre guide dédié sur les amortissements fiscaux au Maroc.
—
Immobilisations totalement amorties
Un bien totalement amorti reste inscrit à l’actif du bilan tant qu’il est détenu et utilisé par l’entreprise. Sa valeur nette comptable est nulle (ou symbolique à 1 DH), mais :
- Aucune dotation supplémentaire ne peut être constatée
- Le bien continue d’apparaître en valeur brute à l’actif, compensé par le cumul d’amortissement de même montant
- En cas de cession, la plus-value est calculée sur la totalité du prix de cession (puisque la VNC est nulle)
- La sortie du bilan n’intervient qu’à la mise au rebut, la cession ou la destruction du bien
Pour un expert-comptable au Maroc, la revue du fichier des immobilisations totalement amorties fait partie des diligences de clôture, afin de s’assurer que les actifs inscrits existent toujours physiquement.
—
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre amortissement comptable et amortissement fiscal ?
L’amortissement comptable vise à refléter la dépréciation économique réelle de l’actif sur sa durée d’utilité. L’amortissement fiscal obéit aux taux et règles fixés par le CGI (Art. 10-I-F-1°) pour déterminer la charge déductible du résultat fiscal. Lorsque les deux diffèrent, l’écart est constaté en amortissement dérogatoire. Pour les détails des règles fiscales, consultez notre article sur les amortissements fiscaux au Maroc.
Peut-on modifier la durée d’amortissement en cours de plan ?
Oui, mais cela constitue un changement d’estimation qui doit être justifié par une modification des conditions d’utilisation du bien (changement de rythme de production, obsolescence accélérée). Le changement s’applique de manière prospective : la VNC résiduelle est amortie sur la nouvelle durée restante. Ce n’est pas un changement de méthode comptable.
Les frais d’établissement doivent-ils obligatoirement être amortis sur 5 ans ?
Les frais d’établissement (frais de constitution, augmentation de capital, prospection) doivent être amortis sur une durée maximale de 5 ans. L’entreprise peut choisir une durée plus courte (3 ou 4 ans). Le CGNC et le CGI interdisent la distribution de dividendes tant que les frais d’établissement ne sont pas entièrement amortis, sauf s’il existe des réserves libres d’un montant au moins égal à la fraction non amortie.
Textes de référence :
- CGNC — Titre IV, Section 3 (règles d’amortissement)
- Loi 9-88 — Art. 14 à 17 (évaluation des éléments d’actif)
- CGI 2026 — Art. 10-I-F-1° (amortissements fiscaux)
- PCGE — Comptes 28xx (amortissements), 619x (dotations), 1351 (dérogatoire)
LIRE ÉGALEMENT :
- Amortissements fiscaux au Maroc : taux, durées et règles IS
- CGNC au Maroc : les principes comptables fondamentaux
- Provisions comptables au Maroc : risques, charges et dépréciation
- Plan Comptable Général des Entreprises (PCGE)
Besoin d’optimiser votre politique d’amortissement comptable et fiscale ? Contactez Upsilon Consulting, cabinet d’expertise comptable à Casablanca, pour une revue complète de votre fichier des immobilisations.