En bref : La facturation électronique devient obligatoire au Maroc à partir de 2026, d’abord pour les grandes entreprises, puis progressivement pour les PME et TPE. Le système repose sur un modèle de clearance avec validation préalable par la plateforme de la DGI. Le calendrier précis et les seuils d’application restent subordonnés à la publication du décret d’application, actuellement en cours de validation au secrétariat général du gouvernement.
Introduction : pourquoi la facturation électronique ?
La facturation électronique représente un tournant majeur dans la modernisation du tissu économique marocain. Depuis l’introduction de l’article 145-IX du Code Général des Impôts, le Maroc pose les bases juridiques d’une transformation numérique de ses processus fiscaux, avec pour objectif de rendre la facture électronique obligatoire pour l’ensemble des entreprises selon un calendrier progressif dont le démarrage est prévu en 2026.
Ce projet, piloté par la Direction Générale des Impôts (DGI), s’inscrit dans une dynamique mondiale. De nombreux pays ont déjà adopté des systèmes similaires : l’Italie depuis 2019, l’Arabie Saoudite depuis 2021, la France avec une mise en oeuvre progressive depuis 2024. Le Maroc rejoint ainsi un mouvement international visant à renforcer la transparence fiscale et à lutter efficacement contre la fraude.
Mais au-delà de la simple conformité réglementaire, la facturation électronique offre des avantages considérables pour les entreprises. Elle permet de réduire les coûts liés au traitement manuel des factures (impression, envoi postal, saisie, archivage physique), d’accélérer les délais de paiement, de fiabiliser les données comptables et de sécuriser les échanges commerciaux.
Pour les experts-comptables et les directions financières, cette réforme constitue à la fois un défi organisationnel et une opportunité de moderniser en profondeur les processus de comptabilité au Maroc. Ce guide complet a pour vocation de vous accompagner dans la compréhension et la préparation de cette transition majeure.
Cadre juridique et réglementaire au Maroc
La base légale : article 145 du Code Général des Impôts
L’obligation de facturation électronique au Maroc trouve son fondement juridique dans l’article 145, paragraphe IX du Code Général des Impôts (CGI). Ce paragraphe impose aux contribuables de se doter d’un système informatique de facturation répondant aux critères techniques fixés par l’administration, et renvoie les modalités d’application à la voie réglementaire (décret d’application).
État actuel (avril 2026) : l’avant-projet de décret d’application a été transmis au secrétariat général du gouvernement, mais aucun décret n’a encore été publié au Bulletin Officiel. Le directeur général des impôts, Younès Idrissi Kaitouni, a confirmé lors des Grands Meetings Médias24 (16 avril 2026) que le lancement est prévu courant 2026, avec un déploiement progressif commençant par les grandes entreprises en B2B.
Les acteurs institutionnels
Plusieurs institutions sont impliquées dans la mise en oeuvre de cette réforme :
- La Direction Générale des Impôts (DGI) : maître d’ouvrage du projet, elle définit les normes, gère la plateforme nationale de validation et assure le contrôle de conformité.
- Le Ministère de l’Économie et des Finances : tutelle de la DGI, il supervise le cadre stratégique de la réforme via le portail finances.gov.ma.
- L’ANRT (Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications) : elle intervient sur les aspects liés à la signature électronique et à la certification des prestataires, conformément à la loi 43-20 sur les services de confiance pour les transactions électroniques. Plus d’informations sur anrt.ma.
- xHub : partenaire technologique sélectionné par la DGI pour le développement de la plateforme nationale de facturation électronique.
Champ d’application
Sont soumises à l’obligation de facturation électronique :
- Toutes les sociétés assujetties à l’Impôt sur les Sociétés (IS) ;
- Les personnes physiques soumises à l’Impôt sur le Revenu (IR) professionnel tenant une comptabilité régulière ;
- Les auto-entrepreneurs (selon les seuils qui seront fixés par le décret d’application) ;
- Les établissements publics et administrations (volet B2G).
Les transactions concernées incluent les factures de vente, les avoirs, les factures rectificatives et, à terme, les bons de commande et bons de livraison électroniques.
Le modèle de clearance : fonctionnement du système
Qu’est-ce que le modèle de clearance ?
Le Maroc a opté pour un modèle dit de clearance (ou validation préalable), également appelé modèle CTC (Continuous Transaction Controls). Ce choix est fondamental, car il implique que chaque facture doit être transmise à la plateforme de la DGI pour validation avant son envoi au client final.
Concrètement, sans cette validation préalable par l’administration fiscale, la facture n’a pas de valeur juridique. Ce modèle se distingue du modèle post-audit (utilisé par exemple en Allemagne), où les factures sont échangées librement entre les parties et contrôlées a posteriori par l’administration.
Le circuit de la facture électronique
Le processus de facturation électronique selon le modèle marocain suit les étapes suivantes :
- Émission : l’entreprise émettrice génère sa facture dans un format structuré (UBL 2.1 ou CII) via son logiciel de facturation ou son ERP.
- Transmission à la plateforme DGI : la facture est transmise automatiquement à la plateforme nationale de la DGI via une interface API sécurisée.
- Validation (clearance) : la plateforme vérifie la conformité de la facture (format, données obligatoires, signature électronique, cohérence fiscale). Si la facture est conforme, elle reçoit un identifiant unique de validation.
- Acheminement au destinataire : la facture validée est transmise au client via la plateforme ou directement par l’émetteur.
- Archivage : la facture est archivée de manière sécurisée, tant du côté de la DGI que des parties concernées.
La plateforme nationale
La plateforme nationale de facturation électronique, développée par xHub sous la supervision de la DGI, repose sur une architecture de microservices. Elle est conçue pour traiter un volume important de transactions en temps réel, garantir la haute disponibilité du service et assurer l’interopérabilité avec les différents systèmes d’information des entreprises.
La plateforme propose plusieurs modes de connexion : API REST pour les entreprises disposant d’un ERP ou d’un logiciel compatible, portail web pour les TPE et les entreprises à faible volume de facturation, et connexion via des opérateurs de dématérialisation agréés.
Calendrier de déploiement
Le déploiement de la facturation électronique au Maroc suit un calendrier progressif, conçu pour permettre aux entreprises de s’adapter en fonction de leur taille et de leurs capacités techniques.
Un déploiement progressif confirmé, mais un calendrier non encore officialisé
Le directeur général des impôts a confirmé que le déploiement sera progressif, en commençant par les grandes entreprises (transactions B2B), puis en s’étendant aux PME et TPE. Les transactions B2C (avec les particuliers) seront intégrées dans une phase ultérieure, après consolidation du volet B2B.
Cependant, aucun calendrier officiel détaillé n’a été publié à ce jour. Les seuils de chiffre d’affaires, les dates précises d’entrée en vigueur pour chaque catégorie d’entreprise et les délais de mise en conformité seront définis par le décret d’application, actuellement en cours de validation.
Ce que l’on sait :
- La plateforme technique a été développée, testée et réceptionnée ;
- Les grandes entreprises seront les premières concernées ;
- La DGI mettra à disposition un portail web gratuit (fatourati.gov.ma) pour les TPE/PME ;
- Les grandes entreprises pourront se connecter via une plateforme EDI pour l’intégration directe avec leur ERP ;
- Le démarrage est prévu courant 2026, sous réserve de la publication du décret.
Important : De nombreux articles en ligne mentionnent des seuils précis (chiffre d’affaires de 200 millions de dirhams), des dates d’entrée en vigueur par phase ou des calendriers détaillés. À la date de mise à jour de cet article, aucun de ces éléments n’est issu d’un document officiel publié par la DGI ou au Bulletin Officiel. Nous mettrons cet article à jour dès la publication du décret d’application.
Exigences techniques : format, signature, archivage
Formats structurés obligatoires
La DGI impose l’utilisation de formats structurés normalisés pour les factures électroniques. Deux formats sont acceptés :
- UBL 2.1 (Universal Business Language) : format XML standardisé par OASIS, largement utilisé à l’international, notamment dans l’Union européenne. C’est le format privilégié par la plateforme marocaine.
- CII (Cross-Industry Invoice) : format XML standardisé par UN/CEFACT, offrant une compatibilité avec les standards internationaux de facturation.
Important : un simple fichier PDF envoyé par e-mail, même signé électroniquement, ne constitue pas une facture électronique conforme au sens de la réglementation marocaine. La facture doit être nativement structurée en XML pour permettre son traitement automatique par la plateforme DGI.
Mentions obligatoires
Chaque facture électronique doit contenir les mentions obligatoires prévues par le CGI, auxquelles s’ajoutent des éléments spécifiques au format électronique :
- Identifiant fiscal (IF) de l’émetteur et du destinataire ;
- ICE (Identifiant Commun de l’Entreprise) du destinataire — mention désormais indispensable ;
- Numéro de la taxe professionnelle ;
- Date d’émission et numéro séquentiel de la facture ;
- Désignation précise des biens ou services ;
- Montant HT, taux et montant de TVA au Maroc, montant TTC ;
- Conditions de paiement ;
- Identifiant unique attribué par la plateforme DGI après validation.
Signature électronique qualifiée
Toute facture électronique doit être revêtue d’une signature électronique qualifiée, conformément à la loi 43-20 relative aux services de confiance pour les transactions électroniques. Cette signature garantit :
- L’authenticité de l’origine : la facture provient bien de l’émetteur déclaré ;
- L’intégrité du contenu : le document n’a pas été modifié après sa signature ;
- La non-répudiation : l’émetteur ne peut pas nier avoir émis la facture.
Les certificats de signature électronique qualifiée doivent être délivrés par un prestataire de services de confiance agréé par l’ANRT. Le coût moyen d’un certificat s’élève à environ 1 200 DH par an.
Archivage électronique
Les factures électroniques doivent être conservées pendant une durée minimale de 10 ans, conformément aux obligations comptables et fiscales en vigueur au Maroc. L’archivage doit garantir :
- L’intégrité des documents sur toute la durée de conservation ;
- L’accessibilité et la lisibilité des factures à tout moment ;
- La traçabilité complète (horodatage sécurisé) ;
- La restitution dans un format exploitable en cas de contrôle fiscal.
Les entreprises peuvent archiver leurs factures sur des serveurs propres, des solutions cloud certifiées ou via la plateforme nationale de la DGI. La durée exacte de conservation dans le cadre de la facturation électronique sera confirmée par le décret d’application.
Délai de transmission
Le délai de transmission des factures à la plateforme DGI sera précisé par le décret d’application. Dans le modèle de clearance retenu par le Maroc, la validation intervient avant l’envoi au client, ce qui implique en pratique une transmission en temps réel ou quasi réel.
Coûts de mise en conformité pour les entreprises
La mise en conformité avec l’obligation de facturation électronique représente un investissement variable selon la taille de l’entreprise, son niveau de maturité numérique et la solution choisie.
Estimation des coûts par catégorie d’entreprise
Grandes entreprises
Les grandes entreprises disposent généralement d’un ERP (SAP, Oracle, Sage X3) qu’il faudra adapter. Les postes de coûts à anticiper incluent :
- Mise à jour ou intégration du module de facturation électronique dans l’ERP ;
- Développement des interfaces API avec la plateforme DGI ;
- Tests, certification et accompagnement ;
- Coût récurrent annuel (maintenance, certificats, support).
Les montants dépendront de la complexité du système existant et du volume de facturation. Il est recommandé de demander des devis auprès de plusieurs intégrateurs.
PME
Pour les PME, les coûts sont plus contenus :
- Acquisition ou abonnement à un logiciel de comptabilité compatible : 15 000 à 40 000 DH en investissement initial ;
- Abonnement mensuel SaaS ;
- Certificat de signature électronique qualifiée ;
- Formation des équipes ;
- Accompagnement par un expert-comptable.
TPE et auto-entrepreneurs
Pour les plus petites structures, la DGI prévoit un portail web gratuit (fatourati.gov.ma) permettant l’émission de factures directement sur la plateforme nationale. Les coûts se limiteraient alors au certificat de signature électronique et à l’éventuelle formation.
Retour sur investissement
Malgré l’investissement initial, la facturation électronique génère des économies significatives à moyen terme :
- Réduction des coûts de traitement : la suppression de l’impression, de l’envoi postal et de la saisie manuelle génère des économies significatives ;
- Accélération des délais de paiement : la transmission instantanée et le suivi en temps réel réduisent les retards ;
- Diminution des erreurs : la saisie automatique élimine les risques d’erreurs manuelles ;
- Gain d’espace : suppression progressive de l’archivage physique.
Impact sur la comptabilité et les processus internes
Transformation des flux comptables
L’adoption de la facturation électronique modifie en profondeur les processus comptables. La saisie manuelle des factures fournisseurs cède la place à une intégration automatique des données dans le système comptable. Cette automatisation touche l’ensemble du cycle achat-vente :
- Comptabilisation automatique : les écritures comptables sont générées automatiquement à partir des données structurées de la facture XML, réduisant considérablement le temps de traitement ;
- Rapprochement bancaire facilité : le lien direct entre facture et paiement simplifie les opérations de rapprochement ;
- Déclarations fiscales pré-remplies : la DGI disposant des données en temps réel, les déclarations de TVA pourront être pré-remplies, limitant les risques d’erreur.
Révision du manuel de procédures
L’introduction de la facturation électronique impose une mise à jour du manuel de procédures comptables de l’entreprise. Les nouveaux processus doivent documenter :
- Le circuit de validation interne des factures électroniques ;
- Les rôles et responsabilités de chaque intervenant dans la chaîne de facturation ;
- Les procédures de contrôle interne adaptées au format numérique ;
- Les modalités d’archivage et de conservation des factures électroniques ;
- Les procédures de gestion des rejets et des anomalies signalées par la plateforme DGI.
Impact sur les ressources humaines
La transition vers la facturation électronique nécessite une montée en compétences des équipes comptables et administratives. Les profils concernés doivent être formés :
- À l’utilisation du nouveau logiciel ou module de facturation ;
- Aux normes techniques (UBL, signature électronique) ;
- Aux nouvelles procédures de validation et d’archivage ;
- À la gestion des incidents techniques et des rejets.
Cette montée en compétences est un investissement stratégique qui contribue à la professionnalisation des fonctions financières de l’entreprise.
Conformité renforcée avec les règles comptables
La facturation électronique renforce la conformité avec les règles comptables en vigueur au Maroc, en garantissant la piste d’audit fiable exigée par le Code Général de Normalisation Comptable (CGNC). Chaque transaction est traçable de bout en bout, de l’émission de la facture à son archivage, en passant par sa validation par la DGI et sa comptabilisation.
Comment choisir sa solution de facturation électronique
Le choix de la solution de facturation électronique est une décision stratégique qui mérite une analyse approfondie. Plusieurs critères doivent guider ce choix.
Critères de sélection essentiels
1. Conformité réglementaire
La solution doit être certifiée conforme aux exigences de la DGI. Vérifiez que le fournisseur est référencé comme opérateur de dématérialisation agréé et que le logiciel supporte les formats UBL 2.1 et CII.
2. Intégration avec l’existant
La solution doit s’intégrer de manière fluide avec votre ERP, votre logiciel comptable ou votre CRM existant. Les API ouvertes et les connecteurs pré-configurés sont des atouts déterminants.
3. Évolutivité
Votre solution doit pouvoir accompagner la croissance de votre entreprise : augmentation du volume de factures, ajout de nouveaux utilisateurs, extension à de nouveaux types de documents (avoirs, bons de commande).
4. Sécurité et hébergement
Privilégiez les solutions offrant un hébergement sécurisé, idéalement sur des serveurs localisés au Maroc, avec des garanties de confidentialité, de chiffrement des données et de sauvegarde régulière.
5. Support et accompagnement
Un support technique réactif, disponible en français et en arabe, est indispensable. Vérifiez les SLA (accords de niveau de service) proposés et les modalités d’accompagnement à la mise en route.
6. Coût total de possession
Au-delà du prix d’acquisition ou de l’abonnement mensuel, évaluez le coût total de possession sur 3 à 5 ans : formation, maintenance, mises à jour, certificats, support.
Typologie des solutions disponibles
Solutions SaaS (cloud)
Les logiciels en mode SaaS offrent de nombreux avantages : déploiement rapide, mises à jour automatiques, accessibilité depuis tout appareil connecté, coût initial faible. Ils sont particulièrement adaptés aux PME et TPE.
Solutions on-premise (sur site)
Pour les grandes entreprises ayant des exigences de sécurité spécifiques ou des contraintes réglementaires sectorielles, les solutions installées sur les serveurs de l’entreprise peuvent être préférables, bien que plus coûteuses à maintenir.
Portail DGI
La DGI met à disposition un portail web gratuit permettant aux TPE et auto-entrepreneurs de créer et transmettre leurs factures électroniques directement sur la plateforme nationale. Cette solution, bien que limitée en fonctionnalités, est suffisante pour les entreprises à faible volume de facturation.
Opérateurs de dématérialisation agréés
Ces prestataires assurent l’intermédiation entre l’entreprise et la plateforme DGI. Ils prennent en charge la conversion des factures au format requis, la signature électronique, la transmission et l’archivage. Ils sont une solution intéressante pour les entreprises ne souhaitant pas investir dans un outil dédié.
Le rôle de l’expert-comptable dans la transition
Un accompagnateur stratégique
L’expert-comptable joue un rôle central dans la réussite de la transition vers la facturation électronique. Sa connaissance approfondie des obligations fiscales et comptables, combinée à sa proximité avec les dirigeants d’entreprise, en fait l’interlocuteur privilégié pour piloter cette transformation.
Chez Upsilon Consulting, nous avons développé une approche structurée d’accompagnement qui couvre l’ensemble du spectre de la mise en conformité.
Les missions de l’expert-comptable
Diagnostic et audit préalable
L’expert-comptable réalise un audit complet des processus de facturation existants : volume de factures, logiciels utilisés, circuit de validation, modalités d’archivage. Ce diagnostic permet d’identifier les écarts par rapport aux nouvelles exigences et de définir un plan d’action personnalisé.
Choix de la solution technique
Fort de son expérience avec différents logiciels et ERP, l’expert-comptable conseille l’entreprise dans le choix de la solution la plus adaptée à sa taille, son secteur d’activité et son budget. Il s’assure de la compatibilité avec le système comptable en place.
Paramétrage et mise en oeuvre
L’expert-comptable participe au paramétrage de la solution retenue : configuration des mentions obligatoires, paramétrage des comptes comptables, définition des workflows de validation, intégration avec le système comptable.
Formation des équipes
Il organise et anime les sessions de formation pour les équipes comptables, commerciales et administratives. Cette formation porte sur l’utilisation du logiciel, les nouvelles procédures et les bonnes pratiques.
Suivi post-déploiement
Après la mise en production, l’expert-comptable assure un suivi régulier : vérification de la conformité des factures émises, analyse des rejets, optimisation des processus, veille réglementaire.
Pourquoi anticiper avec son expert-comptable
La majorité des entreprises marocaines n’est pas encore prête pour cette transition. Selon les professionnels du secteur, le véritable défi est autant organisationnel que technique : il faut réorganiser les processus, standardiser les pratiques et faire monter en compétence les équipes financières.
Engager la démarche dès maintenant avec son expert-comptable permet de :
- Bénéficier de délais confortables pour les tests et ajustements ;
- Identifier et résoudre les problèmes en amont ;
- Former les équipes progressivement, sans pression ;
- Négocier les meilleures conditions avec les fournisseurs de solutions.
Sanctions et pénalités en cas de non-conformité
Les sanctions existantes du CGI en matière de facturation
Important : À ce jour, aucune sanction spécifique à la facturation électronique n’a été publiée. L’article 145-IX du CGI renvoie les modalités d’application à la « voie réglementaire » — le décret d’application, non encore publié, précisera les éventuelles sanctions propres au dispositif de e-facturation.
En attendant, les sanctions générales du CGI en matière de facturation et de tenue comptable restent applicables :
- Article 191 bis : défaut de présentation des documents comptables sur support électronique lors d’un contrôle fiscal ;
- Article 198 ter : omission ou inexactitude de l’ICE sur les factures ;
- Article 191-I : défaut de présentation de documents comptables ;
- Article 192 : infractions graves (factures fictives, ventes sans facture).
Ces dispositions ne sont pas spécifiques à la facturation électronique, mais elles s’appliqueront naturellement aux entreprises soumises à cette obligation une fois le dispositif en vigueur.
Le risque fiscal potentiel : la non-déductibilité de la TVA
Au-delà des amendes, un risque significatif pourrait concerner la déductibilité de la TVA. En vertu des articles 106 et 146 du CGI, seules les dépenses justifiées par une « facture régulière » ouvrent droit à déduction. Si la réglementation définit à terme la facture électronique validée par la plateforme DGI comme seul format régulier, les factures non conformes pourraient perdre le droit à déduction — un impact financier potentiellement bien supérieur aux amendes administratives.
Autres conséquences
Le non-respect des obligations de facturation électronique peut également entraîner :
- Le rejet de la déductibilité de certaines charges lors d’un contrôle fiscal ;
- Des redressements fiscaux portant sur les exercices non conformes ;
- Une détérioration de la notation fiscale de l’entreprise auprès de la DGI, pouvant entraîner un ciblage accru lors des contrôles.
Les modalités exactes de ces conséquences dans le cadre spécifique de la facturation électronique seront précisées par le décret d’application.
Une démarche préventive indispensable
Face à ces risques, la conformité n’est pas une option mais une nécessité économique. Le coût de la non-conformité dépasse largement celui de la mise en oeuvre. Les entreprises ont tout intérêt à anticiper et à s’engager dans la transition bien avant les échéances obligatoires.
Checklist de préparation
Pour vous assurer d’être prêt le jour venu, voici une checklist détaillée des actions à entreprendre pour une transition réussie vers la facturation électronique.
Étape 1 — Audit de l’existant (à réaliser immédiatement)
- Recenser le volume mensuel de factures émises et reçues ;
- Identifier les logiciels et outils actuellement utilisés pour la facturation ;
- Évaluer le niveau de maturité numérique de l’entreprise ;
- Vérifier que tous les clients et fournisseurs disposent d’un ICE valide ;
- Cartographier le circuit actuel de validation et d’archivage des factures.
Étape 2 — Choix de la solution (3 à 6 mois avant l’échéance)
- Comparer les solutions disponibles (SaaS, on-premise, portail DGI) ;
- Vérifier la conformité de la solution avec les exigences de la DGI ;
- S’assurer de la compatibilité avec le système comptable existant ;
- Estimer le coût total de possession sur 3 ans ;
- Demander des démonstrations et des périodes d’essai.
Étape 3 — Mise en oeuvre technique (2 à 4 mois avant l’échéance)
- Installer et paramétrer la solution retenue ;
- Configurer l’interface avec la plateforme DGI (API ou portail) ;
- Obtenir le certificat de signature électronique qualifiée auprès d’un prestataire agréé ANRT ;
- Réaliser des tests d’émission et de réception de factures ;
- Vérifier la conformité des factures générées (format, mentions, signature).
Étape 4 — Adaptation organisationnelle
- Mettre à jour le manuel de procédures comptables ;
- Définir les nouveaux workflows de validation internes ;
- Informer les clients et fournisseurs de la transition ;
- Communiquer les nouvelles modalités de réception des factures.
Étape 5 — Formation et accompagnement
- Former les équipes comptables à l’utilisation du nouvel outil ;
- Former les équipes commerciales à l’émission des factures électroniques ;
- Sensibiliser la direction aux enjeux de conformité ;
- Désigner un référent interne pour la facturation électronique.
Étape 6 — Lancement et suivi
- Basculer en production selon le calendrier prévu ;
- Surveiller les rejets et les anomalies durant les premières semaines ;
- Mettre en place un tableau de bord de suivi (taux de conformité, délais de validation) ;
- Planifier des revues périodiques avec l’expert-comptable.
Conclusion
La facturation électronique au Maroc en 2026 n’est pas un simple changement de format : c’est une transformation profonde des relations commerciales, des processus comptables et de la relation entre les entreprises et l’administration fiscale. Les entreprises qui anticipent cette transition en sortiront renforcées, avec des processus plus efficaces, une meilleure maîtrise de leurs flux financiers et une conformité fiscale irréprochable.
Chez Upsilon Consulting, cabinet d’expertise comptable à Casablanca, nous accompagnons nos clients à chaque étape de cette transition. De l’audit initial au suivi post-déploiement, notre équipe d’experts met son savoir-faire au service de votre conformité et de votre performance.
Ne tardez pas à vous préparer.
Textes de référence : Code Général des Impôts 2026 (PDF) — Note circulaire n° 737 — Loi de Finances 2026 — Interview du directeur général des impôts — Médias24, 18 avril 2026
Questions fréquentes
Quand la facturation électronique devient-elle obligatoire au Maroc ?
L’article 145-IX du CGI pose le principe de la facturation électronique obligatoire au Maroc. Le directeur général des impôts a confirmé en avril 2026 que le lancement est prévu courant 2026, en commençant par les grandes entreprises. Le calendrier précis et les seuils d’application seront fixés par le décret d’application, actuellement en cours de validation.
Quelles entreprises sont concernées par la facturation électronique au Maroc ?
Toutes les entreprises assujetties à la TVA au Maroc seront progressivement concernées par l’obligation de facturation électronique. Le déploiement se fera par vagues, en commençant par les grandes entreprises (B2B), puis en s’étendant aux PME, TPE et enfin au B2C. Les seuils et le calendrier précis seront fixés par le décret d’application.
Quels sont les avantages de la facturation électronique pour les entreprises marocaines ?
La facturation électronique permet de réduire les coûts de traitement, d’accélérer les délais de paiement, de diminuer les erreurs de saisie et de renforcer la traçabilité des transactions. Elle facilite également les rapprochements comptables et améliore la conformité fiscale.
Comment se préparer à la facturation électronique au Maroc ?
La préparation passe par un audit de l’existant (processus de facturation, logiciels utilisés), le choix d’une solution technique conforme, la mise à jour du manuel de procédures comptables, la formation des équipes et des tests préalables avant la bascule en production.